Le jailbreak est une aubaine pour Apple

Régulièrement, je vais essayer de vous proposer des réflexions, sur un sujet en particulier, pour étendre certains sujets. Commençons par quelque chose d’un peu polémique, le jailbreak. J’ai lu récemment dans un article intéressant que les revenus d’Apple sont menacés par le jailbreak, ce qui — à mon sens — est un postulat totalement faux. Les revenus d’Apple ne sont (pratiquement) pas impactés par le jailbreak, ce sont les résultats des partenaires d’Apple qui le sont, mais pour Apple, un iPhone jailbreaké rapporte peu ou prou la même chose qu’un iPhone classique. Je m’explique.

Commençons par les revenus d’Apple.

Un iPhone — jailbreaké ou pas — a été acheté à Apple. Que ce soit en direct ou via un opérateur, Apple touche la même chose. L’impact est donc totalement nul.

Après, il y a ce qu’on appelle l’écosystème : une personne qui jailbreake son iPhone va (a priori) le débloquer et télécharger des applications sans les payer. Que l’iPhone soit débloqué via jailbreak n’a pas d’impact financier : Apple ne touche rien lorsqu’un iPhone est débloqué par un opérateur et les iPhone vendus chez Apple ne sont pas bloqués. Pour les applications, c’est un peu différent : Apple touche 30 % du prix des applications payantes, argent qui est en grande partie utilisé pour payer les serveurs. Globalement (on en a déjà parlé), les bénéfices sont très faibles et on peut même se dire que si beaucoup de gens téléchargeaient des applications piratées, Apple y gagnerait : les serveurs seraient moins sollicités.

Pour la musique, le jailbreak n’a pas d’impact réel : il est déjà possible de mettre de la musique piratée sur un iPhone sans le jailbreak, donc ce qui est vendu l’est en prenant en compte que le piratage existe.

Comme on le voit, chez Apple, les pertes proviennent essentiellement des applications, et l’impact est globalement nul, les revenus de l’AppStore étant ridicules dans les résultats d’Apple (5 à 6 millions sur 3,25 milliards).

Parlons maintenant des partenaires.

Les premiers, ce sont les opérateurs. Pour eux, le jailbreak n’est pas une perte directe : les pirates continuent à payer leur abonnement. Il y a bien le déblocage, facturé 100 € dans les six premiers mois, mais c’est négligeable (peu de gens le font). Il y a une perte indirecte liée au déblocage dans certains pays, quand un opérateur a l’exclusivité, mais elle est a priori faible. En effet, l’iPhone est le plus souvent lié à un engagement pour l’obtenir à un bon prix, donc il est de toute façon une source de revenu, même débloqué et utilisé sur un autre réseau.

Les seconds, ce sont les programmeurs. Ce sont les personnes qui sont le plus touchées par le jailbreak, tout simplement parce qu’il s’agit d’une perte sèche. Une application qui n’est pas achetée ne rapporte pas (oui, c’est une lapalissade). Il existe bien évidemment des solutions, comme l’achat in-app (qui rapporte, selon les dernières analyses) mais globalement, le jailbreak est un fléau uniquement (ou presque) pour les sociétés qui développent des applications.

C’était un réel problème pour Apple au lancement de l’AppStore, car il fallait un cercle vertueux pour intéresser les développeurs et les faire venir sur une plateforme inconnue,et annoncer de gros revenus est un bon moyen d’appâter les développeurs. Mais à l’heure où il y a 250 000 applications sur l’AppStore, Apple a moins besoin des développeurs.

Si les ventes d’applications chutaient à cause d’un piratage massif (on parle actuellement au maximum de 25 % d’iPhone jailbreakés), Apple réagirait sûrement pour éviter que l’écosystème « iTunes – iOS » disparaisse, mais actuellement la société ne semble pas très préoccupée par le problème. Il y a certes des modifications pour empêcher le jailbreak assez régulièrement, mais on devine sans peine qu’il s’agit de mesures cosmétiques pour faire plaisir aux partenaires, pour éviter qu’ils quittent l’écosystème.

Enfin, je rappelle tout de même qu’en pratique le jailbreak est un argument de vente pour Apple — la possibilité de pirater les applications est évidemment quelque chose qui plaît — et qu’il n’est donc pas dans l’intérêt d’Apple d’empêcher totalement le jailbreak, ce qui explique que les mesures de sécurité de la firme soient généralement assez rapidement contournées.

Le principal problème d’Apple — et je termine par ça — c’est que le jailbreak est une source d’argent pour Apple (ça fait vendre des iPhone) mais que la firme ne peut pas le promouvoir pour garder son écosystème intact.