Quelques mots sur le Raspberry Pi 4

Lundi, nous avons sorti un nouveau Canard PC Hardware avec un article qui porte sur les alternatives au(x) Raspberry Pi. Lundi, la fondation qui gère la carte a aussi lancé une nouvelle version : le (les) Raspberry Pi 4.

Je n’ai pas encore reçu le mien (et je le testerais en priorité pour Canard PC Hardware) mais rien que les premiers tests et les spécificités techniques me permettent de donner un avis.

La puissance

Le Raspberry Pi utilise un nouveau SoC Broadcom, le BCM2711. Il change… beaucoup de choses. D’un point de vue physique, il est garvé en 28 nm et plus en 40 nm comme les puces précédentes. Ca veut dire que les transistors sont plus petits, donc qu’on peut en mettre en plus. De même, ça diminue en théorie la consommation. Je mets en théorie pour une bonne raison : il utilise un core ARM performance. Chez ARM, depuis quelques années, il y a deux séries de CPU en parallèle : les versions performance (Cortex A57, A7x, etc.) et les variantes basse consommation. Les Raspberry Pi 2 et 3 contiennent des coeurs basse consommation (A7, A53), ce qui sous-entend basses performances. La nouvelle puce se base sur quatre Cortex A72 (le CPU performance de 2015) à 1,5 GHz. En lisant ça, j’ai tiqué directement : dans les alternatives que j’ai testé, celles avec un CPU de ce type chauffait énormément. Les premiers tests le confirment : ça chauffe beaucoup plus.

En pratique, il va sûrement falloir installer au moins des dissipateurs et peut-être un ventilateur, c’était de toute façon déjà le cas sur les Raspberry Pi 3. Après, le gain en performances est élevé : le Cortex A72 est beaucoup plus rapide que le A53, grâce à une architecture pensée pour les performances plus que l’efficacité énergétique. Mais il consomme plus. Je pense qu’un Raspberry Pi 4 ralenti( il descend sa fréquence à 1 GHz) doit rester plus rapide qu’un Raspberry Pi 3 à fond (1,4 GHz), mais c’est à tester. Le reste du SoC intègre un GPU Broadcom VideoCore VI, un décodeur HEVC pour la vidéo, et les fonctions classiques d’une puce.

RAM et connectique

Les Raspberry Pi ont notoirement trop peu de RAM, entre 256 et 1 Go selon les modèles. Le nouveau modèle existe avec 1, 2 ou 4 Go de RAM. Ironiquement, il profite aussi de mémoire de type LPDDR4 qu’Intel ne prend pas en charge dans nos Mac… La bande passante augmente, ce qui peut servir en 3D, mais le passage à 4 Go nécessite un OS 64 bits… qui n’existe pas encore. Je vous conseille la version 2 Go, qui apporte un gain intéressant sans exploser le prix.

USB 2., USB 3.0, Ethernet

Le Pi 4 amène deux choses que j’ai apprécié dans les alternatives : de l’USB 3.0 et de l’Ethernet rapide. Pour le réseau, on peur enfin monter à 1 Gb/s, avec une liaison directe entre le contrôleur et le SoC. Pour rappel, le 3B+ ne dépasse pas 300 Mb/s à cause de l’USB partagé. Pour l’USB 3.0, c’est géré via un contrôleur externe (Via VL805) en PCI-Express (2.0, 1x). Pas la puce la plus rapide du monde, mais de quoi atteindre environ 300 Mo/s à vue de nez (on peut monter à ~440 Mo/s sur du Intel).

On a aussi deux prises USB 2.0 classiques, et une prise USB-C pour l’alimentation. Elle est OTG, ce qui va permettre de l’utiliser pour se connecter via un ordinateur, par exemple. Question consommation, la fondation recommande un chargeur capable de fournir 15 W en USBC (3 A, 5 V). L’Apple 18 W devrait le faire, comme n’importe quel modèle de chargeur de MacBook. Visiblement, ils annoncent la possibilité de fournir 1,2 A sur les ports USB (la norme demande au minimum 900 mA en USB 3.0), donc ça laisse de la marge. Comme avec les Raspberry Pi 3, une alimentation de qualité est recommandé, pour éviter les chutes de tension et les plantages.

USB-C

La carte, enfin, change un truc qui m’embête. Elle passe d’une prise HDMI à deux prises micro HDMI. C’est un connecteur peu courant, fragile, et je ne sais pas s’il existe une demande pour réelles pour la présence de deux sorties, même si j’imagine que c’est le cas. Petit aparté : la carte ne supporte pas le HDMI sur USB-C pour une bonne raison. Ca n’existe pas réellement. Le alt mode HDMI a été annoncé, mais personne ne l’utilise à ma connaissance. En pratique, le alt mode utilisé pour la vidéo passe par du DisplayPort, et les câbles intègrent un adaptateur DisplayPort vers HDMI, ce qui a un coût. Intégrer le alt mode pour de la vidéo aurait augmenté le prix des câbles, et nécessité d’installer une seconde prise, sans même prendre en compte le fait que le SoC ne supporte peut-être pas le DisplayPort.

Quelle drôle d’idée

Question stockage, on reste sur du microSD, mais le bus est plus rapide dixit les tests. On passe sur une interface DDR qui double le débit. Ca reste léger : de 25 à 50 Mo/s au maximum. De ce que j’ai vu, le firmware ne permet pas encore de démarrer sur de l’USB 3.0 (plus rapide) mais ça devrait être possible à moyen terme.

Pour terminer, quelques trucs. On garde le Wi-Fi 11ac (une antenne, 2,4 et 5 GHz), on passe sur du Bluetooth 5, on garde les GPIO, les connecteurs pour caméras et écrans, et même l’horrible connecteur PoE. Plus étonnant, on garde aussi la sortie vidéo analogique via la prise jack. La carte a le même format au sol, mais les connecteurs changent de place : il faut donc changer les boîtiers.

Question prix, c’est un peu à la Apple : 35 $ (38 €) en 1 Go, 45 $ (49 €) en 2 Go et 55 $ (59 €) en 4 Go. Oui, passez de 1 à 2 Go vaut 10 $ et passer de 2 à 4 Go… aussi.

Pour pas mal d’usages, la carte devrait offrir des gains vraiment importants, au détriment encore une fois de la consommation. C’est un choix à faire. Personellement, je conseille aux gens de réfléchir aux usages : pour un Media Center ou de l’émulation, la carte des avantages évidents. Pour du développement et de petits projets électroniques, un Raspberry Pi 2 (en version 64 bits) consomme nettement moins, chauffe peu et suffit amplement.