Sandisk slotRadio : de la musique sur microSD (mais pire)

J’aime bien les formats un peu bizarre, et Sandisk – à une époque – a eu pleins d’idées qui retre dans cette case. Au milieu des années 2000, la marque a en effet essayé plusieurs fois de remplacer le vénérable CD par d’autres formats physiques, essentiellement à base de cartes microSD.

Il y a eu Grüvi en 2005, une tentative un peu bizarre de proposer de la musique sur microSD. C’est de la musique dans un format propriétaire (avec des DRM), qui nécessitait un lecteur (le logiciel) spécifique. Pas très intéressant, donc.

Il y a eu slotMusic en 2008, un truc bien plus intéressant : une carte microSD (encore) avec un album complet. C’est très basique mais pratique pour l’utilisateur : du MP3 avec des débits corrects (du 320 kb/s sur ma carte), sans DRM. Mais ça n’a pas vraiment marché, avec une quinzaine d’albums.

Puis il y a eu slotRadio, en 2009. Et dans un sens, c’est encore pire que Grüvi. Je vais essayer d’être clair (si ça ne l’est pas, il y a les commentaires) : slotRadio est plus une sorte de radio physique. Comme ça, ça peut sembler bizarre, mais le concept s’approche vraiment d’une radio : le client achète une carte microSD qui contient de la musique dans un genre précis (il y en a une quinzaine). Pas un morceau ou un album, un genre. Dans chaque cas, il y a un certain nombre de morceaux (500, 1 000 ou 60 heures dans le cas de la musique classique) organisés en listes de lecture (il y a une liste là), mais sans possibilités de choisir les morceaux. Comme une radio. A la lecture (je vais détailler ensuite), l’utilisateur peut lancer une playlist, passer à la piste suivante… et c’est tout. Il n’y a pas de possibilité de choisir une piste précise. Vu comme ça, ça semble vraiment bizarre et peu intéressant, mais Sandisk pensait avoir deux atouts. Premièrement, une bonne sélection dans les playlist, ce qui n’est pas idiot : ce qui fait une partie des services de streaming 10 ans plus tard, ce sont en partie les playlists, justement. Et deuxièmement, un prix assez bas : environ 40 $ par carte (100 $ pour un lecteur physique avec une carte). Quand on aime un genre précis, c’est intéressant compte tenu du nombre de morceaux (à l’époque, on vendait le morceaux 1$ généralement). Enfin, dans un monde où le piratage n’existe pas et où les personnes qui aiment un genre précis apprécient de se retrouver avec les morceaux les plus connus. slotRadio a été annoncé début 2009 et Sandisk a arrêté les frais en mars 2012, donc vous imaginez bien que ce n’est pas un succès.

La boîte



La carte “latin” et sa petite boîte

Lecture et DRM

Sandisk a commencé par fournir la compatibilité avec un lecteur MP3 dédié, le slotRadio (logique). Il est basique : un écran, un tuner FM, un emplacement microSD, rien de vraiment intéressant. Mais il était vendu 100 $ avec une carte. Les cartes sont aussi compatibles avec quelques lecteurs de la gamme Sansa (Clip+, Fuze, Fuze+) et certains BlackBerry (j’en reparlerais). Et dans un autre appareil ? C’est compliqué. Dans mon cas, la carte s’affiche comme une carte microSD de 64 Mo qui contient uniquement un fichier texte et une mise à jour de firmware pour le lecteur Sandisk. En clair, la musique n’est pas accessible. Il existe aussi des cartes slotRadio+ qui disposent d’un espace de 4 Go, vendues pour les BlackBerry.

64 Mo

Pour essayer, j’ai trouvé un Sansa Fuze+ pas trop cher pour essayer. Une fois la carte insérée, on a bien un menu slotRadio. Les options sont peu nombreuses : on choisit une liste de lecture (il y en a cinq sur ma carte), le lecteur lance un titre et la seule option (en dehors de la pause) est de passer à la piste suivante. Pas de recherche, impossible d’avance rapidement, de choisir une piste. C’est une « radio », comme le nom l’indique.

La carte et le lecteur


Shot with DXO ONE Camera


Le menu


Les playlists


Un titre


Vous l’avez compris, c’est un concept vraiment particulier, et finalement peu intéressant, ce qui explique son échec. Et ce qui m’étonne le plus, c’est que les cartes se vendent assez cher sur eBay (parfois plus de 100 €). Et je parle ici de vraies ventes : j’ai payé ma carte environ 15 € parce qu’il s’agit de la compilation « latin » qui a moins de titres (et probablement moins de succès). Mais les autres partent facilement à plus de 40 € et pas loin de 100 € dans certaines ventes récentes. Ce qui, pour une carte utilisable dans quelques lecteurs MP3 uniquement, me semble élevé. Je suppose qu’il y a soit de la collection, soit une incompréhension sur le contenu de la carte (ce qui est probable).