J’ai réussi à faire tourner Doom sur un Apple Studio Display

Il y a des projets qui commencent avec une vraie question technique. Et puis il y a ceux qui commencent par « ce serait quand même drôle si ça marchait ». Celui-ci fait clairement partie de la deuxième catégorie.

L’idée de départ est assez simple : l’Apple Studio Display n’est pas juste un écran. À l’intérieur, il y a en gros un petit appareil iOS déguisé en moniteur, avec un Apple A14, du stockage, de la mémoire, un système basé sur iOS, et suffisamment de logique embarquée pour gérer la caméra, l’audio, le traitement d’image et quelques autres trucs qu’un écran normal ne devrait probablement pas faire.

Donc évidemment, la vraie question n’était pas « est-ce que c’est utile ? », mais plutôt « est-ce qu’on peut lui faire faire quelque chose de complètement idiot ? » La réponse, comme souvent, c’était Doom.

La première étape a consisté à accéder un peu plus profondément au système interne. Apple n’a évidemment pas prévu que quelqu’un essaye d’utiliser son écran comme une plateforme de test, donc il a fallu passer par la partie la moins glamour du projet : récupérer un accès exploitable au système embarqué, contourner quelques protections, et obtenir suffisamment de contrôle pour pouvoir lancer autre chose que ce qu’Apple a signé.

Dit comme ça, ça a l’air propre. En pratique, ça veut surtout dire pas mal d’essais, quelques redémarrages forcés, une bonne dose d’insultes à destination d’Apple, et plusieurs moments où l’écran a probablement regretté d’être né.

Une fois l’accès obtenu, le plus amusant est qu’on ne se retrouve pas face à un matériel particulièrement exotique. Le Studio Display repose sur une base relativement classique pour un appareil Apple moderne : un SoC ARM, un système très verrouillé, mais pas fondamentalement mystérieux. À partir du moment où on peut injecter et exécuter du code, lancer un port de Doom devient presque la partie simple du problème.

Le vrai défi, évidemment, ce n’était pas juste de lancer le binaire. Le plus intéressant, c’était d’afficher quelque chose directement via la chaîne vidéo interne, sur un appareil qui est normalement censé se contenter d’afficher une image venue d’un Mac. Et c’est là qu’on commence à toucher à la partie vraiment absurde du projet : détourner un écran 5K hors de prix pour lui faire afficher un jeu de 1993 qu’on a déjà fait tourner sur à peu près tout ce que l’humanité a produit depuis trente ans.

Mais ça a marché.

Doom !

Alors pas de façon élégante, évidemment. On est sur un résultat qui tient plus du détournement technique amusant que d’une intégration propre. Le rendu n’a rien d’officiel, le contrôle est bricolé, et on est très loin d’un mode autonome utilisable au quotidien. Mais le simple fait d’avoir Doom affiché depuis l’électronique interne de l’écran lui-même, et pas juste depuis le Mac branché dessus, est déjà suffisamment ridicule pour valoir l’effort.

Au fond, c’est exactement le genre de projet que j’aime bien : techniquement pas totalement inutile, pratiquement complètement absurde, et juste assez compliqué pour devenir satisfaisant. Et puis bon, si un écran Apple sous A14 existe, il fallait bien qu’à un moment quelqu’un essaye d’y installer Doom.