J’ai enfin réussi à tester du DVB-H. En 2026. Comme un archéologue

Il y a des projets qui traînent dans un coin de la tête pendant des années. Pour moi, le DVB-H en faisait partie. La télévision numérique terrestre sur mobile, la grande promesse du milieu des années 2000, celle qui devait révolutionner l’usage de la vidéo sur téléphone avant qu’un certain Steve Jobs présente l’iPhone et que tout le monde décide que le streaming via réseau cellulaire était finalement plus pratique. En France, l’aventure a été brève et calamiteuse — quelques années d’expérimentation, un service commercial lancé en 2010, enterré en 2012 — mais j’avais gardé dans un coin de mon labo le matériel pour y rejouer un jour.

Ce jour est arrivé. J’avais mis la main il y a quelques mois sur un vieux téléphone Nokia N77, l’un des rares appareils sortis en France avec un tuner DVB-H intégré, dans un état correct. Et surtout, j’avais récupéré via un ami un émetteur de test bas de gamme et les fichiers de flux multiplexé issus d’une ancienne capture d’un émetteur expérimental. L’idée, c’était de recréer un signal DVB-H en environnement fermé, juste pour voir si le téléphone accrochait encore quelque chose.

La mise en place n’a pas été simple. Le DVB-H est une extension du DVB-T avec une couche de time-slicing qui permet d’économiser la batterie côté récepteur, et reproduire un flux conforme à la norme demande un peu de rigueur. J’ai utilisé un HackRF One pour émettre en bande UHF à très faible puissance, bien en dessous de ce qui nécessite une autorisation, dans une cage de Faraday improvisée. Le logiciel de modulation m’a donné du fil à retordre — la documentation sur les outils libres supportant le DVB-H est rare, pour ne pas dire introuvable — mais après quelques soirées, le signal était là.

Et le Nokia N77 l’a accroché. Lentement, laborieusement, avec un fond d’écran qui date d’une autre époque et une interface qui rappelle qu’on était vraiment dans un autre monde du mobile, le téléphone a affiché un flux vidéo. Pixellisé, saccadé, mais là. C’est difficile à expliquer la satisfaction que ça procure — faire fonctionner une technologie morte, sur du matériel mort, dans une configuration qui n’a plus aucun sens commercial depuis quinze ans. C’est exactement ce genre d’expérience inutile et fascinante pour laquelle j’ai gardé tout ce bazar dans mon labo.

Le DVB-H était probablement condamné dès le départ : trop cher à déployer, trop lié à des accords de licence complexes, rattrapé trop vite par la 3G puis la 4G. Mais revoir ce signal s’afficher en 2026 sur un téléphone à touches, c’est une petite victoire personnelle. Prochaine étape : retrouver un flux d’époque avec de vraies émissions dessus. Si vous avez ça dans un disque dur quelque part, vous savez comment me contacter.