Quand Apple installait trois antennes pour le Wi-Fi dans les Mac

Si vous avez eu un MacBook Pro Intel, vous l’avez peut-être remarqué à l’époque : pendant quelques années, Apple a installé trois antennes Wi-Fi dans certains Mac. Actuellement, la norme est de deux, et c’est un peu dommage : avec trois antennes, on a mécaniquement un débit plus élevé.

Le MIMO (Multiple-Input Multiple-Output) permet en simplifiant de travailler avec plusieurs antennes en parallèle, pour augmenter les débits. C’est une technologie introduite de façon propriétaire avec le Wi-Fi 11g, mais réellement démocratisée avec le 11n à la fin des années 2000. Si vous avez un point d’accès avec assez d’antennes et un ordinateur équipé, il est possible de doubler ou tripler les débits. En 2026, sauf si vous avez vraiment du matériel bas de gamme, c’est du 2/MIMO qui est employé, c’est-à-dire deux antennes. C’est le cas dans toute la gamme Apple actuelle.

Trois antennes dans un MacBook Pro. Image iFixit.

Mais si vous avez du matériel un peu plus ancien, il y a quelques modèles en 3/MIMO, c’est-à-dire avec trois antennes. Trouver une liste, c’est compliqué, ça peut éventuellement se voir en démontant les machines, sur le nombre d’antennes. De ce que j’ai pu voir, c’était disponible sur certains iMac, et sur les MacBook Pro, c’est documenté en partie. Sur les 15 et 16 pouces de 2016 à 2019, on a trois antennes, comme sur les modèles 13 pouces avec quatre prises Thunderbolt. C’est aussi le cas de modèles plus anciens, mon vieux MacBook Pro 17 pouces de 2009 avait aussi trois antennes.

Si vous voulez le vérifier sous macOS, en sipposant que vous avez un point d’accès compatible, il faut presser option en cliquant sur l’icône du Wi-Fi. La valeur NSS indique le nombre d’antennes (probablement pour Number of Spatial Stream).

Une synchronisation à 1 300 Mb/s

Des avantages… et des inconvénients

Trois antennes, sur le papier et en partie en pratique, c’est mieux. En Wi-Fi 11ac (Wi-Fi 5), deux antennes permettent 866 Mb/s en théorie, et avec trois antennes on passe à 1 300 Mb/s. Dans la pratique, on peut espérer 60 % à 70 % du débit théorique en réel, donc à peu près 520 Mb/s avec deux antennes et 780 Mb/s avec trois. Sur mon MacBook Pro 2017, à quelques dizaines de centimètres d’une Bbox Wi-Fi 6, j’ai atteint environ 900 Mb/s, ce qui est plutôt pas mal.

C’est pas mal pour du Wi-Fi 5

Mais ça, c’est dans des conditions idéales. Dans la pratique, le 3/MIMO a quelques défauts. D’abord, ça a un coût. Il faut une carte adaptée, placer les trois antennes et accepter que la carte consomme un peu plus. Dans le châssis d’un ordinateur portable, ça prend plus de place, pour un gain qui n’est pas forcément évident, et c’est un des défauts. Parce que comme le 3/MIMO est rare, les points d’accès ne sont pas nécessairement compatibles. Dans mon cas, les bornes AirPort et mon routeur Bouygues sont compatibles, mais ce n’est pas vraiment généralisé pour autant.

Dans les autres défauts, parfois invisibles, il n’est pas toujours évidents d’avoir trois antennes, tout simplement. Trois antennes impliquent trois canaux pour la transmission, donc généralement 240 MHz de spectre au lieu de 160 MHz. Dans un environnement un peu encombré au niveau des ondes, il n’y a pas nécessairement assez d’espace pour travailler avec trois antennes.

Le dernier point est moins évident, mais me semble logique. La grosse majorité des poins d’accès va être relié à l’extérieur avec une liaison à 1 Gb/s (ça change un peu en France, mais pas dans le monde). Si le Wi-Fi 5 avec deux antennes reste assez loin de cette limite, ce n’est pas le cas du Wi-Fi 6. Du 2/MIMO en Wi-Fi 6 de base permet 1 200 Mb/s avec des canaux de 80 MHz, soit à peu près la même chose que du Wi-Fi 5 en 3/MIMO. Dans les deux cas, on s’approche de la limite des 1 Gb/s. Même s’il est techniquement possible d’imaginer du Wi-Fi 6 en 3/MIMO, c’est tout simplement inutile dans une bonne partie des cas : une synchronisation à 1 800 Mb/s n’apporterait un avantage que chez les gens avec un point d’accès compatible, et une connexion capable de dépasser 1 Gb/s, ce qui n’est pas si courant.

Le passage sur des canaux de 160 MHz (ce qu’Apple a activé en début d’année) en Wi-Fi 6 permet même 2 400 Mb/s théoriques, et le Wi-Fi 7 monte à un peu plus de 5 Gb/s en 2/MIMO. Les avantages du 3/MIMO existent, je ne vais pas le nier, mais en Wi-Fi 6 et Wi-Fi 7, le compromis entre les difficultés d’implémentation et les avantages réels n’est pas à l’avantage des trois antennes, à part peut-être pour les gens avec des connexion rapides et des points d’accès efficaces. Et oui, je sais que la France est spécifiquement dans ce cas, mais ce n’est absolument pas le cas des autres pays.

Au prix des MacBook Pro, je préférerais évidemment avoir trois antennes, surtout dans un 16 pouces où l’espace n’est pas réellement un défaut. Mais le choix de rester en 2/MIMO est tout de même assez pragmatique. Mais peut-être qu’une prochaine puce Apple comme la N2 sera capable de fonctionner avec trois antennes, contre deux actuellement.