En 2016, j’avais testé un disque dur externe assez étonnant pour Canard PC Hardware (n°29, pas en ligne) : l’Innov8 de Seagate. Ce modèle de 8 To, vendu à l’époque 400 € (une capacité qui reste onéreuse en 2026), est unique à ma connaissance : il est auto-alimenté en USB-C. Même en 2026, tous les modèles basés sur des disques durs 3,5 pouces sont alimentés en externe, et seuls les modèles 2,5 pouces (qui font au mieux 6 To) sont auto-alimentés (et souvent en USB-A, mais c’est un autre problème). J’ai réussi à en trouver un récemment, pour une sorte de (re)test.
Physiquement, c’est un gros boîtier : 20,8 x 12,3 x 3,6 cm pour 1,49 kg. Il est plus large et plus long qu’un modèle classique chez Seagate, et (surtout) pèse bien plus lourd. Un autre disque dur externe de la même marque que j’avais dans un tiroir pèse par exemple 857 grammes. Il est en aluminium, avec une esthétique assez sympathique : un empilement de tranches de métal. Si la prise USB-C – il n’a pas d’entrée pour une alimentation externe – est réversible, ce n’est pas le cas du disque dur. Il est presque symétrique, mais Seagate a tout de même mis des pieds sous le disque dur.
Avant de passer à l’USB-C et ses défauts, un mot sur les performances. C’est un disque dur de 8 To en USB 3.1 à 5 Gb/s, une norme qui permet environ 440 Mo/s au mieux. Au passage, il ne fonctionne pas en USB 2.0 ni avec une prise USB-A (il a besoin de la négociation pour démarrer). Comme c’est un disque dur et qu’il n’est pas tout neuf, on reste largement sous cette valeur : environ 200 Mo/s en lecture (c’est très honnête), 140 Mo/s en écriture – quand il est vide – et des valeurs très faibles sur les accès aléatoires. C’est logique, ça reste un disque dur qui tourne à 5 900 tpm, donc le temps d’accès est élevé. Seagate, à l’époque, a utilisé un disque dur de la gamme Archive, c’est-à-dire un modèle SMR.
Je vais essayer de faire simple : dans un disque dur classique, les pistes de données sont parallèles et séparées. Dans un modèle SMR, elles se chevauchent en partie, ce qui permet d’améliorer la densité des données et donc la capacité. En lecture, ce n’est pas (trop) un problème : la tête de lecture est fine et peut lire les données sur la bonne piste. Mais en écriture, c’est (beaucoup) plus compliqué. La tête a besoin d’une piste qui ne chevauchent pas une autre piste et donc quand c’est le cas, le contrôleur doit lire les données de la piste à écrire (s’il y en a), lire les données des pistes adjacentes (s’il y en a), déplacer le tout dans une mémoire cache ou sur une autre partie du disque, écrire la nouvelle piste puis réécrire les données. Donc quand le disque dur doit réécrire des données ou s’il est rempli (ou fragmenté), c’est lent… très lent.
J’ai rempli le disque dur (et écrire 8 To, ça prend du temps) pour le vérifier. Avec une vingtaine de gigaoctets de libre, un test 8 Go de données descend à 90 Mo/s en écriture au lieu de 140 Mo/s. Et en mettant un test avec 16 Go de données, on descend à 33 Mo/s. C’est évidemment artificiel et personne ne devrait remplir autant un disque dur, mais le problème est le même avec de la réécriture de données. Et c’est un problème assez vicieux : si vous avez totalement rempli le disque dur puis que vous effacez des données, les pistes ne sont pas effacées, en réalité : le contrôleur ne peut pas deviner qu’une piste a été effacée du point de vue du système de fichiers. Sur les disques durs SMR modernes, la commande TRIM permet en théorie d’améliorer un peu les choses, mais ce n’est pas le cas ici. Je suppose qu’il y a une solution qui permet d’optimiser le fonctionnement, comme avec les vieux SSD : le disque dur fait manifestement des choses quand il n’est pas utilisé (on l’entend).
J’ai vraiment résumé les choses (et simplifié un peu) mais donc c’est un disque dur qui peut voir ses performances s’effondrer dans certains cas, et c’est pour ça qu’il est dans la gamme Archive : il est plutôt prévu pour des sauvegardes, avec peu de réécritures et un usage modéré.
Sinon, il est relativement discret, mais les accès restent parfaitement audibles, un classique sur un disque dur 3,5 pouces.
Le bricolage de Seagate
Maintenant, parlons USB-C et du bricolage de Seagate. Dans un disque dur 3,5 pouces classique, il y a deux tensions de fonctionnement fournies par l’alimentation, et nécessaires : du 5 V et du 12 V. En USB-C (et en USB en général), on a uniquement du 5 V. Techniquement, la norme USB-C PD permet en théorie d’avoir du 12 V, mais uniquement dans les vieilles versions de la norme (ce n’est plus le cas actuellement) et de toute façon les ordinateurs se limitent dans 99 % des cas à une tension de 5 V avec dans le meilleur des cas 3 A (soit 15 W) et plus généralement 0,9 A (soit 4,5 W). J’ai une station d’accueil USB4 Razer qui a une prise compatible USB-C PD, mais elle se limite à une tension de 9 V (et 20 W). Comme c’est un disque dur assez classique en interne, Seagate a trouvé une solution pour que ça fonctionne avec la tension de 5 V de l’USB-C, sans la tension de 12 V en entrée.
La documentation du disque indique qu’il nécessite 2 A (en 12 V) au démarrage, soit 24 W. Il est ensuite annoncé à 3,4 W au repos et 5,3 W en usage normal, au-dessus de la valeur classique en USB 3.0. La solution de Seagate à l’époque ? Mettre une batterie dans le boîtier. Le nom officiel est Ignition Boost, mais c’est en pratique une batterie de 12 Wh (une valeur courante dans un smartphone, un iPhone 15 est à 13 Wh) qui fournit l’énergie nécessaire pour le démarrage. Et ce choix amène une contrainte forte : la batterie doit être chargée pour que ça fonctionne. Quand j’ai reçu le disque dur, il n’a pas démarré car elle était probablement vide depuis un moment. Il a fallu attendre qu’elle charge, et le circuit est manifestement peu adapté : la tension chute très nettement. Au lieu des ~5 V qu’on devrait avoir en USB-C, on se retrouve avec seulement 4,8 V, même avec un câble court de bonne qualité. C’est aussi un problème pour ceux qui font des sauvegardes irrégulières ou ceux qui veulent l’utiliser pour du stockage froid, car une fois la batterie vide, il faut attendre (plusieurs heures). Je n’ai pas le câble USB-C original, mais de ce que j’ai pu constater, il faut un câble de bonne qualité : s’il est trop long ou avec une résistance trop élevée, la tension chute et il ne charge pas (et ne démarre pas).
Au-delà de la batterie, Seagate triche un peu et c’est aussi un défaut. macOS m’indique que le disque dur fonctionne avec une intensité de 900 mA et nécessite 144 mA (0,7 W) mais en pratique, la consommation est beaucoup plus élevée. Au repos, il est sur des valeurs de cet ordre, mais le simple fait d’accéder à son contenu monte la valeur à 2,6 A (13 W) et il se stabilise vers 1,5 A (7,5 W) quand on navigue dans le disque, quand on l’utilise ou pendant un benchmark.
Le problème, c’est qu’une bonne partie des prises USB-C est tout simplement incapable de fournir ça. Sur un Mac ou un PC portable récent, ça passe (les prises sont généralement capables de fournir 15 W) mais sur un PC avec une carte mère qui met une prise USB-C qui est en fait une prise USB-A, sur les cartes d’extension ou sur un hub qui partage la puissance avec plusieurs accessoires, c’est beaucoup trop et le disque se déconnecte. J’ai aussi testé avec un MacBook (le modèle de 2017) qui a une batterie rincée (plus de 600 cycles) et le Mac s’est directement éteint au branchement… Sur le papier, la batterie est une solution à peu près viable, mais l’idée d’indiquer à l’OS que le disque dur nécessite 0,7 W quand il en demande au moins dix fois plus, c’est un peu idiot, clairement.
Avec tout ça mis ensemble, il semble assez logique que ce disque dur soit un one shot de la part de Seagate. À ma connaissance, il n’y a pas eu d’autres modèles auto-alimentés en USB-C en 3,5 pouces et c’est vraiment une curiosité technologique. C’est un peu pour ça que j’ai voulu en dénicher un, évidemment.










