Laser Link, l’AirPlay analogique de Sony dans les années 90, qui transmettait la vidéo en infrarouge

Dans les années nonante, Sony avait une technologie qui me semble innovante mais probablement un peu en avance sur son temps : Laser Link. Nommé Laser AVLink au Japon, c’est une technologie qui permet d’envoyer de la vidéo depuis un caméscope vers un téléviseur, sans fil. La technologie n’utilise pas un laser, mais de l’infrarouge… mais ce n’était probablement pas assez vendeur.

Premier point à savoir, c’est de l’analogique car nous sommes dans les années nonante. Deuxièmement, il faut évidemment du matériel compatible, comme un caméscope compatible et un récepteur. Et troisièmement, c’est de l’infrarouge, donc il faut une ligne de vue directe.

Un peu de théorie

Les appareils compatibles sont normalement ornés d’un logo, un L stylisé. Il y a deux versions de la norme, Laser Link et Super Laser Link. Il y a peu de détails mais on apprend qu’un émetteur Laser Link avec un récepteur Laser Link a une portée de 5 mètres (3 mètres en recommandé). Avec un émetteur Laser Link et un récepteur Super Laser Link, la portée passe à 7 mètres (~4 mètres). Avec un émetteur Super Laser Link et un récepteur Laser Link, on passe à 6 mètres (~4 mètres). Le cas idéal, un récepteur et un émetteur Super Laser Link, permet 8 mètres (~6 mètres). Sony indique aussi que le bruit est réduit de 40 % en Super Laser Link.

Le logo (deux versions)

Pour la réception, la solution principale va être un récepteur dédié, soit l’IFT-R10 soit l’IFT-R20. Le second est compatible Super Laser Link, mais les appareils sont assez similaires. On a d’un côté une grosse fenêtre de réception, de l’autre une prise pour l’alimentation (prise barrel, 6 V), une sorti vidéo composite et deux prises RCA pour l’audio. Il y a visiblement un magnétosocope compatible, le SLV-M91HF. C’est un modèle NTSC, donc je n’ai pas essayé.

Le récepteur


Un caméscope compatible. On voit l’émetteur et le logo sous l’objectif

Pour l’émission, le plus simple est un caméscope. Il y a les CCD-TRV95 et TRV99 (Hi8), le DCR-PC10 (Mini DV, le mien), les DCR-TRV310 et DCR-TRV110 (Digital8), le DCR-TRV900 (Mini DV), le DCR-TRV7E (Mini DV), les DCR-TRV6E, TRV11E, TRV20E (Mini DV), les DCR-TRV203, TRV210 et TRV315 (Hi8), DCR-TRV5E (Mini DV), DCR-TRV720 et TRV820 (Digital8), DCR-SC100 (Mini DV), DCR-TRV230, TRV330 et TRV530 (Hi8), etc. (là, j’en avais marre de lire des manuels). En clair, c’est quand même assez courant.

Du HDMI CEC avant l’heure

Sony avait aussi ajouté un petit truc pratique : les émetteurs pouvaient activer les téléviseurs, à la façon du CEC en HDMI. La mise en place est très astucieuse : l’émetteur infrarouge envoie des commandes infrarouge Sony pour allumer un téléviseur Sony en veille, avec la possibilité de forcer le passage sur l’entrée à laquelle le récepteur est connecté. C’est un choix artisanal mais efficace si vous avez un téléviseur Sony. Je n’ai pas pu tester, faute de téléviseur de la marque (et la flemme de sortir un Mac compatible).

L’émetteur allume aussi les TV

Quelques essais

J’ai trouvé une vieille vidéo sur le sujet, et quelques exemples, avant évidemment d’essayer. J’ai récupéré un récepteur (deux, en réalité, mais il y en a un qui ne fonctionne pas), un IFT-R10 japonais (en Europe, on trouve l’IFT-R20 plus facilement mais plus cher) et un caméscope DCR-PC10 japonais. Je n’ai pas de cassettes Mini DV, mais on peut simplement envoyer ce que voit le capteur.

Le bouton Laser Link. Il s’allume en rouge quand c’est actif.


Les sorties

Premier point intéressant, les photos avec mon appareil photo qui prend l’infrarouge montrent que l’émetteur infrarouge est vraiment puissant. Il brille assez fort en infrarouge, et il est même visible avec mon iPhone, alors que le filtre infrarouge devrait empêcher ça.

L’iPhone voit l’infrarouge


Avec un appareil photo infrarouge


Le récepteur et sa fenêtre transparente aux infrarouges

Dans l’ensemble, ça fonctionne plutôt bien : l’image reste nette tant qu’on a une ligne de vue directe vers le récepteur, avec un peu de marge d’ailleurs. Il faut vraiment être sur un angle assez large pour que l’image commence à être bruitée ou (évidemment) mettre quelque chose entre l’émetteur et le récepteur. Si vous passez la main devant l’objectif, ça ne va pas couper directement car l’émetteur est sous l’objectif. D’ailleurs, Sony indique que les objectifs grand-angle qui se placent sur l’objectif peuvent empêcher Laser Link de fonctionner. Le signal passe à travers une feuille de papier aussi. Dans la pratique, il faut rester sur le même plan en horizontal et l’angle de vue est assez large. On peut aussi déplacer le caméscope verticalement, mais en visant quand même le récepteur. Normalement, ce n’est pas trop un problème pour l’usage prévu : l’idée était de poser le caméscope et de regarder une cassette sur le téléviseur.

La qualité est assez correcte pour de l’analogique


Pendant une des photos

Je n’ai pas pu réellement évaluer la portée : je n’ai pas de batterie pour le caméscope et donc il devait rester branché.

Quand on perd le signal c’est brouillé (ici du brouillage numérique)


Forcément, l’encodeur de ma carte d’acquisition a du mal

Le problème de Wi-Fi

Pendant mes essais, j’ai eu quelques soucis de domotique, sans faire le lien directement. Quelques appareils se déconnectaient de façon assez régulière et à un moment, j’ai compris : l’activation du Laser Link brouille visiblement le Wi-Fi dans la bande des 2,4 GHz. Je n’ai pas vu de différences particulières dans la bande des 5 GHz, par contre. Je m’en suis rendu compte parce que les appareils qui se coupaient étaient tous dans cette bande. J’ai juste sorti une vieille borne AirPort 11g pour essayer rapidement : le niveau de bruit est aux alentours de -80 dBm en temps normal (et même un peu moins sur la bande des 5 GHz) et il descend à -65 dBm quand j’active Laser Link. Plus la valeur est proche de 100, plus le niveau de bruit est faible. Là, ce sont des essais avec un Mac mini à 1 mètre de la borne (et du caméscope), mais ça doit brouiller bien plus largement le reste vu les appareils qui se déconnectaient.

Sans Laser Link à droite


Le niveau de bruit est élevé

Ce n’est pas la première fois que j’ai des soucis bizarres entre infrarouge et Wi-Fi : il y a quelques années, un routeur Wi-Fi perturbait les lampes de mon travail.

Les autres accessoires

Sony a proposé quelques accessoires en plus. Dans ce que j’ai trouvé, il y a une imprimante photo, la CVP-P77. C’est un modèle doté d’entrées analogiques, compatible PC et Mac et donc Laser Link. La CVP-P88 est aussi compatible. Les deux peuvent recevoir des images pour les imprimer.

Une imprimante Laser Link

Dans un autre domaine, il y a un lecteur de cassettes Digital8, le GV-D800. C’est un appareil qui lit les cassettes, dispose d’un écran et peut donc envoyer l’image vers un récepteur. Le GV-D300 et le GV-D900, compatibles avec les cassettes Mini DV, sont aussi de la partie. Le premier n’a pas d’écran, le second en a un. Le GV-D200 (Digital 8) est aussi visiblement compatible, tout comme le GV-A500 (Hi8).

Un lecteur de cassettes

Il y a aussi le CPJ-A300, qui est un projecteur portable (dans une certaine mesure…) qui intègre un récepteur Laser Link. Il était visiblement livré avec un émetteur, l’IFV-T1P. C’est un émetteur, avec une entrée composite (et audio), qui peut donc envoyer de l’image depuis un magnétoscope par exemple. Il y a aussi un récepteur vendu visiblement dans un kit Sony, l’IFV-R1. C’était vendu comme une liaison sans fil pour la maison, une sorte de recyclage, je pense.

Enfin, il existe aussi un émetteur compact (IFV-FX1), pensé spécifiquement pour des lecteurs de DVD portables de chez Sony (encore).

Reste que dans la pratique, on trouve assez peu d’informations sur Laser Link, et beaucoup de récepteurs en vente encore emballés. Donc je peux supposer que personne n’utilisait vraiment la technologie. Et à mon avis il y a une raison : c’est amusant cinq minutes, mais entre brancher un câble sur les entrées du téléviseur (parfois en façade) et brancher un récepteur sur les prises pour ensuite envoyer l’image sans fil, le gain n’est pas flagrant. Laser Link nécessite quand même de poser le caméscope, d’ajouter un accessoire et d’avoir une prise de courant (ça consomme visiblement pas mal d’énergie) pour un résultat qui dans le meilleur des cas est le même qu’avec le câble. Mais presque trente ans plus tard, c’est assez amusant à tester.