Le 1er août, LEGO a lancé sa gamme Smart Play de seconde génération, avec des Pokémon. Et comme pour les Star Wars, c’est au mieux décevant. Je m’explique.
Smart Play, c’est quoi ? Une brique intelligente (dixit LEGO) couplée à des tags NFC qui activent des fonctions. La brique a un accéléromètre, quelques lumières, un microphone (désactivé pour le moment) et quelques capteurs. Il y a aussi un haut-parleur capable d’émettre des bips dignes des années 80. Je ne vais pas vous refaire l’article précédent, mais c’est globalement nul : pour ne pas avoir l’étiquette (probablement infamante) d’un jouet connecté, LEGO a choisi de ne pas mettre trop d’intelligences dans la brique. Les sons sont générés par un synthétiseur, comme dans les années 80, et donc il est impossible de faire parler Luke Skywalker… ou un Pokémon. On a juste des sons dignes de R2-D2.
D’un point de vue purement pratique, la brique a une autonomie trop faible (pour se donner une idée, j’ai testé et joué en fin de journée, et le lendemain à 15:00, impossible de faire réagir les briques sans charger), nécessite un chargeur propriétaire et détecte mal la position des jouets. Parce qu’une des idées, sympathique dans l’absolu, est d’organiser des combats de vaisseaux ou de Pokémon. Mais en pratique, l’orientation de la brique n’entre pas en compte et c’est un peu ridicule. Je passe quelques bugs, l’intégration aux forceps dans les minifigs (ce qui n’est pas un souci avec les Pokémon) ou des erreurs digne d’un débutant comme Dark Vador qui lance la (mauvaise) Marche impériale dans un X-Wing, mais vous avez compris : c’est quand même plutôt raté.
Je divulgâche la suite, mais les défauts restent les mêmes avec les Pokémon, et sont même amplifiés avec certains points.
Un problème de prix toujours présent
Avant même de parler de Pokémon, le problème du prix reste présent. La brique intelligente a un coût élevé, et — dans l’absolu — vous aurez besoin de deux briques pour vraiment profiter des sets. Parce qu’avec une seule brique, vous ne pouvez pas organiser de combats, par exemple. Et c’est là que le principal problème se pose : elle n’est pas dans tous les sets. Dans les Star Wars, elle était dans trois sets sur les huit de la gamme, avec un prix d’entrée de 70 € (le Tie Fighter, qui se trouve à 56 €). Ici, il n’y a la brique que dans deux sets sur treize. Le prix d’entrée est Pikachu (72164) : 70 €. Pour le prix, vous aurez le chargeur, quelques tags et évidemment le Pokémon. Le second set est un combat entre Dracaufeu et Voltali (72167) pour 120 €. C’est cher.
Tous les autres sets sont fournis sans la brique. Le Rondoudou (72159) à 15 € peut se contenter d’une seule brique, comme le Carapuce (72156, 30 €) ou Mewto (72163, 70 €), mais les autres demandent deux briques dans l’idéal. Si vous achetez Bulbizarre et Keunotor (72155, 20 €) ou Salamèche et Racaillou (72157, 20 €) en pensant faire une bonne affaire, désolé pour vous : ce sont des sets assez basiques qui ne prennent (un peu) d’intérêt qu’avec deux briques… soit un investissement de 120 € au moins.
Les autres nécessitent deux briques et peuvent être assez chers. Il y a Osselait et Ectoplasma (72166, 90 €), Noctali et Carchacrok (72165, 80 €), Évoli et Lokhlass (72162, 60 €) et Mew et un drone (72161, 50 €). Ensuite, il y a un set avec trois Pokémon (35 €, 72158). Il contient Poussacha, Chochodile et Coiffeton et ne semble pas disponible partout. Et pour terminer, un set avec Métamorph qui est un cadeau, donc compliqué à obtenir.
Sur le rendu, je vous laisse décider, mais je trouve que les petits Pokémon sont quand même très cubiques, comme les Poké ball. On peut rétorquer que ce sont des LEGO, mais tout de même : la marque arrive à faire des choses un peu plus réussies quand même que certains des modèles, et je ne parle même pas des faces écrasées de la majorité des Pokémon. Il y a quelques décors dans certains sets, mais c’est assez basique : ce qui est important, ce sont les Pokémon.
Bulbizarre et Keunotor, délice de baies
Bon, contrairement aux sets Star Wars, je n’ai pas dépensé sans compter. J’ai juste pris un set avec deux Pokémon à 20 € (Bulbizarre et Keunotor, (72155, 20 €)) pour pouvoir tester les combats. Il y a un second set du genre (Salamèche et Racaillou (72157, 20 €)) et un autre un peu moins cher, mais avec un seul Pokémon (Rondoudou (72159, 15 €). J’avais déjà deux Smart Brick, celles de mes sets Star Wars.
Il contient 240 pièces, avec deux Pokémon, deux tags et un petit décor pour nourrir les bestioles, qui n’est pas interactif. Je ne vais pas m’étendre sur un set de cette taille, pensé pour les enfants : ça se monte facilement, rapidement et sans encombre. Le Keunotor est réussi selon ma femme (grande adepte des Pokémon), le Bulbizarre un peu moins : la plante sur son dos est bizarrement branlante. Dans les deux cas, on a une metapièces pour les visages, c’est-à-dire une pièce pensée pour un usage précis et qui n’est pas souvent réutilisable. Au moins, les visages sont sérigraphiés et il n’y a pas de stickers.
Un mot tout de même sur un truc : l’intégration de la brique intelligente. Dans les Star Wars, il y a un emplacement vide accessible pour mettre la pièce (en tout cas ceux que j’ai montés). Dans les deux Pokémon que j’ai, ce n’est pas directement le cas : il faut enlever la face du Pokémon, détacher quelques pièces qui forment un bloc et remplacer le tout par la Smart Brick. C’est déjà nettement plus malin : on ne se retrouve pas avec un Pokémon avec un emplacement vide quand on n’a pas la brique.
Je peux tout de même noter une chose, et c’est lié à la gamme, le côté Smart Play n’est pas obligatoire. Un enfant peut s’amuser avec les Pokémon sans la brique, et c’est une bonne nouvelle. Ce n’est pas forcément le cas dans la gamme Star Wars, pour deux raisons. La première, c’est que les Star Wars Smart Play sont réellement basiques par rapport à d’autres modèles, et donc ne visent pas les adultes. La seconde, c’est que des vaisseaux Star Wars jouables dans la même gamme de prix, il y en a des tas d’autres. Pour les Pokémon, il n’y a pas de choix : les quelques autres sets sont prévus pour les adultes et sont bien plus complexes et onéreux.
Les interactions
Bon, avant de jouer, il faut charger les briques, mais aussi mettre à jour. Ça passe par l’application et c’était disponible depuis quelques semaines. La mise à jour améliore en théorie la vitesse de reconnaissance, mais elle est surtout là pour les Pokémon. Ce n’est pas très rapide, mais je n’ai pas eu de soucis, une fois les briques sur le socle de charge.
En théorie, d’abord. Les Pokémon peuvent effectuer des bruits quand ils marchent (bon, des bruits de laser…), quand ils se déplacent rapidement, quand on les secoue, et quand on les penche sur le côté pour dormir. Si vous en avez deux, ils peuvent discuter quand ils sont proches et on peut aussi lancer des combats.
En plus, la voiture de Carapuce peut faire du bruit, il y a des interactions entre Osselait et son décor (comme Ectoplasma), entre Evoli et son décor et Mew et son décor. Dans le même set, le drone a quelques fonctions… de drone. Pikachu peut s’entraîner avec les accessoires, comme Dracaufeu. Mais dans la majorité des cas, vous aurez juste les fonctions de base des Pokémon, avec le même problème que Star Wars : c’est nul.
Quand on pense Pokémon, on pense à « Pika Pika », « Cara Cara Cara Puce » ou « Rondou Rondou Rondoudou 🎵 »… et pas à des bruits de R2-D2. Et quand on pense à un Pokémon qui marche, ce ne sont pas de bruits de laser. Franchement, à part la musique de combats, rien ne va vraiment dans les sons. Et même dans les combats, la brique est un peu limitée : elle devient orange, puis rouge pour montrer qui va perdre, mais c’est essentiellement tout de même lié à celui qui secoue le plus son Pokémon. Parce que comme pour les vaisseaux Star Wars, l’orientation n’a strictement aucune importance. Au passage, surtout pour Bulbizarre, la plante n’est pas stable et donc il faut éviter de secouer trop… sinon ça vole.
Dans la vidéo, on peut voir Bulbizarre (qui fait des bruits de R2-D2), puis Keunotor (qui fait des bruits de R2-D2), quelques interactions entre les deux, un combat et enfin Keunotor qui s’endort.
En fait, les défauts des Star Wars sur la brique elle-même sont encore là (autonomie, fonctions, sons ratés, etc.), et le résultat est identique au final : c’est du bruit qui va énerver pour rien. Par ailleurs, c’est toujours aussi cher pour rien, le risque d’acheter une boîte sans la brique est encore là (même si c’est écrit en gros) et les interactions sont très limitées. Le seul point positif, c’est que les sets sont bien adaptés pour les enfants et qu’ils sont pensés pour être jouables sans la brique. On n’a pas un emplacement vide inutile et comme il y a peu de sets Pokémon, le reste de la gamme ne va pas être une alternative.
Star Wars déjà bradé
Je termine par un truc, qui finance l’achat de ce genre de choses : les modèles Star Wars, sortis en mars, sont déjà en promotion de façon assez large. Le X-Wing 75423 se trouve à 72 € (au lieu de 90 €), le Tie Fighter 75421 à 56 € au lieu de 70 € et le duel dans la salle du trône (75427) à 120 € au lieu de 160 €. Ce sont les trois sets Star Wars avec une brique dedans.
Ceux sans la brique sont aussi déjà soldés : le Faucon Millenium 75426 à 75 € au lieu de 100 €, le Land Speeder 75420 à 27 € au lieu de 40 €, la Cantina 75425 à 45 € au lieu de 80 €, l’AT-ST 75424 à 40 € au lieu de 50 € et la hutte de Yoda 75422 à 36 € au lieu de 70 €. Même si Amazon tend à proposer des réductions assez fortes sur les LEGO, on a quand même toute la gamme au moins avec 20 % de réduction, donc ça ne doit pas bien se vendre.
Pour conclure, c’est toujours aussi nul à mon avis, et je ne comprends pas comment LEGO a pu sortir ça en l’état, et comment la marque a pu investir autant d’argent pour ce résultat. C’est évidemment simple de dire « yakafokon », mais dans une brique comme ça, j’attendais a minima la possibilité de stocker un peu d’audio pour qu’un Pokémon prononce son nom, une autonomie meilleure et la présence de la brique dans tous les sets (ou au moins la possibilité de l’acheter seule). Je me doute que le côté déconnecté qui empêche d’avoir autre chose qu’une mauvaise synthèse est parfaitement volontaire en 2026, mais ça réduit largement l’intérêt.



















