Les DRM sur le CD-ROM de Mach 6 de MC Solaar

Récemment, Jean-Manuel m’a envoyé un drôle de CD. C’est un CD-ROM qui date de 2003, une publicité pour l’album Mach 6 de MC Solaar. Ce qui est intéressant, c’est le fonctionnement : le disque (pour PC) contient des morceaux à écouter avant le 30 novembre 2003, et sans connexion à Internet.

Premier réflexe, un peu basique, se dire que changer la date va permettre de lire les morceaux. Mais c’est franchement plus compliqué que ça et finalement assez intéressant. Il y a quelques explications , mais faisons simple. Quand on insère le disque dans un PC sous Windows, une interface en Flash se lance et elle permet en théorie de lancer les morceaux. Il y a des extraits de l’album et un morceau complet, le tout en WMA en 128 kb/s, ce qui est médiocre.

Le CD



Si vous essayez sur un PC récent (moins de 20 ans) ou même dans une machine virtuelle, ça ne fonctionnera probablement pas. J’ai d’abord tenté dans un machine virtuelle sous Windows XP (l’OS principal de l’époque) sans succès. Pour deux raisons : premièrement j’étais resté en 2026 et deuxièmement ma machine virtuelle était à peu près à jour, avec Windows Media Player 10 installé. Dans les deux cas, ça bloque la lecture.

La lecture offline

La solution, et je vous épargne les recherches, c’est une machine virtuelle sous Windows XP SP2 sans modifications (ou presque) et à la date attendue (vers l’automne 2003). C’est assez vite bloquant avec VMware Fusion, car même si on désactive la synchronisation de la machine virtuelle avec l’hôte pour l’heure, il tend à synchroniser tout de même au démarrage. Pour que ça fonctionne, donc, il faut déconnecter la machine virtuelle (c’est de toute façon recommandé avec Windows XP) et bien forcer la date à l’automne 2003 avant la lecture. Ensuite, il faut bien lancer la lecture depuis l’interface en Flash. Si tout se passe bien, et j’ai quand même dû sauver la machine virtuelle avant pour ne pas être obligé de recommencer l’installation, ça va fonctionner.

L’interface







Le menu


Quelques explications

Le DRM intégré permet uniquement 14 lectures dans ce cas précis, ensuite ça ne fonctionne plus. Comme les fichiers sont sur un CD-ROM, on peut évidemment repartir de zéro dans une autre machine virtuelle (ou en dénichant où se trouve le compteur, je suppose).

La lecture avec Windows Media Player 9


C’est du WMA à 128 kb/s


Les infos du DRM

Maintenant, deux questions. D’abord, où se trouve la clé ? Ensuite, est-ce que ça peut se contourner ? La licence, c’est simple, elle est sur le CD-ROM, en lecture seule. C’est le fichier /content/wmds.ini. Il contient les réglages pour le DRM, avec la date d’expiration, les licences, etc. Est-ce que ça peut se contourner ? Peut-être, mais je n’ai pas réussi. Le problème principal, c’est que les rares outils qui permettaient de casser les DRM de Microsoft à l’époque nécessitent une clé, et cette clé était obtenue en passant par un fichier spécifique, visiblement attaquable. A l’époque, Microsoft individualisait la protection en fonction de la machine, et si vous avez la bonne version de l’individualisation, on peut extraire les clés. Mais en 2026, il y a trois problèmes. Premièrement, on ne peut plus individualiser : le serveur qui générait le tout n’est plus en ligne. Deuxièmement, même si vous avez un vieux PC qui a été indididualisé, il a probablement une version trop récente, qui n’est pas vulnérable (c’est le cas de ma machine virtuelle). Et troisièmement, même si vous trouvez un fichier issu d’un autre PC, il est individualisé et donc ne peut pas être déplacé sur un PC (bon, on peut tenter de tricher avec une machine virtuelle, mais c’est vraiment compliqué et ça nécessite de connaître le PC d’origine).

J’ai essayé avec les LLM, même si je n’aime pas ça, et globalement c’est assez simple : les IA refusent de m’aider à casser des DRM, même s’ils ont 20 ans et que j’ai la clé d’un point de vue pratique. ChatGPT est plus coulant que les autres pour comprendre comment ça fonctionne (certains logiciels pour casser les DRM sont open source) mais bloque dès que j’essaye de récupérer la clé.

La lecture online

La partie online, dans un sens, est plus simple. Si vous tentez de lire les fichiers à une date postérieure au 30 novembre 2003 ou si vous arrivez à la limite des 14 lectures, c’est simple : Windows Media Player va tenter de se connecter à un serveur qui n’existe plus. L’adresse IP semble codée en dur, d’ailleurs. Et une fois qu’il tente de se connecter, c’est complètement mort pour activer la lecture offline.

Si vous voyez ça, c’est mort

En théorie, à l’époque, il était possible d’obtenir 6 lectures supplémentaires en se connectant à Internet et en donnant quelques informations à Microsoft. Autre petite subtilité, le dossier /fichiers_son du CD-ROM contient d’autres versions des fichiers que celles lues par l’interface en Flash, destinées à être envoyées à vos amis, par mail. Sur ces fichiers, le DRM est visiblement uniquement online, et donc inutilisable en 2026 pour les mêmes raisons : les serveurs n’existent plus.

Est-ce que c’était une mauvaise idée de mettre des DRM sur un CD-ROM ? Evidemment. Est-ce que c’est totalement impossible à contourner ? Pas réellement. D’abord, tout simplement, on peut parfaitement enregistrer la sortie depuis une machine virtuelle ou un PC avec une sortie numérique, sans dégradation. On va se retrouver avec du PCM issu d’un fichier compressé, mais c’est possible. Ensuite, les outils de l’époque peuvent probablement être adaptés pour fonctionner sans le fichier d’individualisation et la clé nécessaire est bien présente dans la machine virtuelle. Et le dernier point, même si c’est un peu compliqué, c’est que le chiffrement lui-même n’est pas incontournable. Visiblement, c’est une clé sur 56 bits avec du RC4, un vieil algorithme. C’est théoriquement possible de tester toutes les possibilités sans que ça prenne une vie.

Mais dans le cas présent, on s’en fout un peu, en réalité : ce sont des extraits d’un album qui est disponible assez facilement (en streaming, en CD sans DRM, etc.).