Il y a une dizaine d’années, j’avais parlé d’un truc qui m’avait étonné : en 1986, Canon proposait un dos (presque) numérique pour le T90, un de ses reflex. Le Data Memory Back 90 est un accessoire optionnel qui permettait d’enregistrer des données sur le film (physiquement) mais aussi de stocker des informations dans une mémoire, l’équivalent des EXIF actuels. Et avec un (autre) kit optionnel, il était possible de relier l’appareil à un ordinateur MSX pour lire les données. J’ai voulu essayer, j’ai récupéré le matériel… et ça ne fonctionne pas vraiment.
Même si ça n’a pas fonctionné, ce n’est pas totalement un échec : j’ai quelques trucs à montrer et à dire.
Commençons par le T90. C’est un reflex des années 80, évidemment argentique. Il n’a pas d’autofocus et est moyennement fiable (j’ai du en tester trois…). En théorie, on peut tenter de le réparer. Il fonctionne avec quatre piles AA et j’ai utilisé un modèle équipé d’un objectif 50 mm.
Le manuel du DMB-90 (Data Memory Back 90) explique comment l’installer, à la place du dos d’origine, rien de compliqué. Le petit boîtier communique avec le reflex à travers des broches internes, et nécessite deux piles CR2025. En théorie, elle permettent quatre ans d’autonomie (pour l’interne) et un an (pour celle accessible facilement) mais mon boîtier, qui a donc une quarantaine d’année, a tenu beaucoup moins (quelques semaines… à quelques heures). Sur le dos, on a un petit écran et six boutons. L’interface n’est pas totalement intuitive, mais tout est bien expliqué dans le manuel pour fixer la date, l’heure, etc.
Le dos peut stocker des données EXIF (on va prendre ce nom, c’est plus simple) pour 156 photos avec toutes les données. Il y a le temps de pose, l’ouverture, le mode de mesure, le shooting mode (automatique ou manuel, je crois), la présence du flash, la présence de la compensation d’exposition, aperture stopped-down or not (je ne sais pas ce que c’est), les ISO du film, le nombre de prises effectuées, le numéro du film (qu’on peut définir), l’heure et la date et l’objectif (qu’on peut définir). Le mode réduit stocke les données de 338 photos, avec temps de pose, l’ouverture, le nombre de prises effectuées, aperture stopped-down or not, l’exposition manuelle éventuelle et le numéro du film. Il y a une fonction de lecture depuis l’écran, et les données sont stockées dans une mémoire RAM de 2 ko, ce qui explique les piles. On peut aussi faire de l’imprint, c’est-à-dire fixer les données sur la pellicule.
J’ai fait quelques tests avec le dos, et au premier démarrage, il bloquait et j’ai dû faire un reset complet. La méthode est un peu cavalière : il faut presser plus de quatre boutons à la fois (sur les six) pour remettre tout à zéro. Lors de mes essais, le compteur a bien indiqué les données, j’ai fait quelques photos (un rouleau de 24) et ça avait l’air de fonctionner… mais quand je suis arrivé au bout, il a visiblement planté.
Le MSX
Bon, la partie MSX est compliquée. D’abord, le kit Interface Unit D.M.B. est plutôt un accessoire japonais, pour les ordinateurs MSX. Pour faire court, c’est un standard japonais porté par Microsoft, qui a aussi été commercialisé en Europe. Les ordinateurs MSX sont basés sur les mêmes composants (avec quelques différences de temps en temps) et sont normalement compatibles entres eux. Canon recommande un de ses MSX, mais ça doit passer avec n’importe quel modèle qui a 16 ko de RAM. Le kit comprend une cassette qui contient un programme (j’en parle plus bas) mais surtout une cartouche pour MSX avec un câble captif. Il a une prise six broches qui se connecte directement dans le dos DMB 90.
Pour le MSX, j’avais justement un Canon V20 français offert par un lecteur il y a longtemps, avec son câble Péritel mais pas de lecteur de cassettes. Avec un peu d’effort, j’ai réussi à récupérer le signal RGB dans une carte d’acquisition (avec un Sync Strike, l’OSSC ne récupérait pas le signal). Mais c’est là que ça ne fonctionne pas. Si le programme de la cartouche a la bonne idée de proposer le choix entre le japonais et l’anglais, je n’ai pas réussi à lire les données. La fonction Dump a donné au mieux une erreur, au pire un morceau de transfert qui avait l’air de vider la pile à vue d’oeil, l’écran faiblissait peu à peu.
Je ne sais pas si c’est la cartouche qui a un problème, le DMB 90 lui-même ou si (tout simplement) la cartouche japonaise fonctionne mal sur un MSX français, mais je n’ai pas réussi à faire une copie. Et les tentatives de récupération ont tout simplement planté le DMB 90, ce qui m’a obligé à effectuer un reset et donc perdre les données sans les avoir enregistrées. C’est là que j’ai abandonné, parce que pour recommencer, j’aurais dû remettre un film, ce qui a un coût… et j’avais déjà mis assez dans ce projet.
Le programme de la cartouche permet de sauver les données sur une cassette, de les récupérer, de faire de l’imprint, de choisir l’objectif depuis l’ordinateur et évidemment d’afficher les donnés.
La cassette et sa récupération
La cassette fournie contient une version complète du programme en ROM, si j’ai bien compris. Elle contient donc un programme pour MSX, et j’ai eu un problème quand j’ai mis la cassette dans mon lecteur : ça ne tournait que d’un côté. J’ai vit compris qu’il y avait un problème, et j’ai ouvert la cassette pour constater un truc bête : la pièce rotative dans laquelle la bande doit être attachée était cassée (je ne connais pas bien le vocabulaire).
J’ai enlevé la pièce cassée, collé directement la bande (enfin, l’amorce qui ne contient pas d’informations) sur la roue et tenté de remettre la bande correctement dans ses guides. Ça m’a pris un peu de temps, un essai raté, mais finalement j’ai pu remettre la cassette en état pour une lecture (ça a suffit). Une fois sauvegardée en .wav, l’enregistrement est passé directement avec OpenMSX. Je n’ai pas de lecteur de cassette compatible avec l’ordinateur, et comme le dos ne semble pas fonctionner correctement, je ne vais pas essayer d’en trouver un. Le contenu de la cassette est de toute façon disponible sur Internet.
Quelques photos
Quand le boîtier fonctionnait à peu près, je suis allé faire quelques photos. Quand je suis sorti, le dos affichait bien l’heure et les données de mes photos, mais une fois chez moi, il a planté totalement et a effacé les données. Et la batterie qui devait tenir plusieurs années s’est vidée très rapidement. J’ai quand même fait développer le film, avant de numériser le tout avec mon scanner (encore un Canon, coïncidence) même si j’ai dû commander la pièce qui permet de fixer (à peu près) les négatifs, que je n’avais pas eu avec mon scanner d’occasion.
Je m’attendais à un imprint, c’est-à-dire des informations incrustées littéralement dans le film, comme l’heure. Mais même ça n’a pas totalement fonctionné : j’ai deux photos ou c’est à peu près visible, sur les suivantes (en extérieur), ce n’est pas le cas. Je ne sais pas si c’est le dos qui a un problème, si mes réglages sont mauvais ou si les piles qui se vidaient presque à vue d’oeil limitaient la fonction, mais ça n’a pas fonctionné.
Récupérer les données
En théorie, on peut se passer du MSX. Une très vieille page explique comment se fabriquer un câble et récupérer les données : c’est juste une interface série avec des données transmises de façon classique. Il n’y a pas d’encodage particulier, a priori, c’est juste des tableaux avec du texte, en ASCII. Il y a aussi des explications et des données pour le faire avec un port parallèle.
Attention, il existe aussi un Command Back 90 (sans le Data) qui n’a pas le port série.
Pour fini, je ne sais pas si c’est mon Canon T90 qui a un problème, si c’est le dos DMB-90 ou si j’ai raté une information. Mais comme ce sont des accessoires assez onéreux et que c’est fastidieux, j’ai abandonné.





















