Un Mac, un LaserDisc… et HyperCard

Dans les années 80, les ordinateurs n’avaient pas des capacités très avancées pour les images la vidéo ou le son. Et certains développeurs ont donc eu une idée : coupler les capacités d’un ordinateur (l’interface, la souris, etc.) avec le format le plus avancé pour l’image, la vidéo et le son : le LaserDisc.

Cet article est le premier d’une série de trois, et il se concentre sur la mise en place d’une solution multimédia de l’époque avec un Macintosh de l’époque (ou presque). Je parlerais de l’utilisation avec un Mac moderne et de quelques exemples (dont un disque Apple) dans d’autres sujets.

Le projet

Il existe pas mal de LaserDisc compatibles avec un Mac, notamment chez Voyager (je reviens dessus dans la suite) mais mon premier exemple concret vient d’un CD Audio. Lors d’un précédent sujet, j’ai testé un CD Audio qui contient du CD+MIDI, et qui était livré avec une disquette. Et sur cette dernière, une pile HyperCard qui indique que le programme peut être utilisé avec un LaserDisc. La disquette indiquait le LaserDisc précis (La Flûte enchantée d’Ingmar Bergman, dans une version NTSC). Je me suis donc procuré le LaserDisc en question, une édition NTSC assez courante. La pochette provient de la base LDDB, je n’ai pas de scanner assez grand pour une pochette (et la flemme de scanner en plusieurs fois).

Le CD et sa disquette


Le LaserDisc

Ensuite, il a fallu trouver un lecteur de LaserDisc compatible. Pour rester simple, la contrôle du lecteur par un Mac s’effectue avec une liaison série, et il faut donc un lecteur doté d’une interface appropriée. A la base, je comptais modifier un lecteur classique, mais finalement c’est plus simple de trouver un lecteur “industriel” adapté. Il en existe pas mal, mais la marque la plus courante reste Pioneer. Il me fallait donc un lecteur NTSC avec un port série. Le choix idéal reste le LD-V4300D, mais il est hors de prix. Je me suis rabattu sur un CLD-V2600. Il s’agit d’un modèle NTSC avec un connecteur série, des sorties vidéo classiques (RCA, S-Video) et le nécessaire pour mopn projet. Il ne s’agit pas du modèle le plus haut de gamme, mais ça fonctionne. Si vous avez besoin d’un lecteur, les modèles compatibles avec Dragon’s Lair passent a priori. Pour les modèles Pioneer, ils doivent être compatibles avec le protocole du Pioneer V4200.

La prise d’extension du Pioneer


La stack indique qu’il faut un lecteur

Ensuite, la connexion. Pas la partie la plus simple. En théorie, il faut un câble dédié qui va de la prise modem du Mac (Mini DIN 8) vers la prise DA-15 du lecteur. Bien évidemment, le brochage est propriétaire. Les rares câbles que j’ai trouvé valaient bien trop cher (enfin, surtout les frais de port vers la France) et je ne comptais pas mettre 50 ou 60 $ dans un câble. La solution ? Un adaptateur breakout DA-15, un second en DE-9 et un câble Mini DIN 8 vers DE-9 (que j’avais). Vous trouverez le brochage , mais ça reste assez simple. Attention, il faut parfois intervertir Tx et Rx, en fonction du câble. Certains croisent directement, d’autres pas.

• Broche 1 du DA-15 vers broche 5 du DE-9 (masse).
• Broche 4 du DA-15 vers broche 7 du DE-9.
• Broche 2 du DA-15 vers broche 2 du DE-9 (TxD).
• Broche 3 du DA-15 vers broche 3 du DE-9 (RxD).

Mon câble maison

Vient le moment de brancher. Le câble dans la prise modem du Mac, le lecteur de LaserDisc allumé et évidemment relié à un moniteur, etc.

Le logiciel

J’ai un peu bloqué sur la partie logicielle, j’avoue. Le disque que j’utilise est un CD-ROM – la disquette ne contient qu’une présentation du produit – qui contient des piles HyperCard qui s’installent sur le disque dur… en théorie. Sauf que le programme d’installation semble buggé. Il ne fonctionne sur aucun de mes Mac (de System 7.1 à Mac OS 9.2) et donne une erreur. En lisant la documentation et l’aide des piles, je suis heureusement tombé sur la méthode manuelle. Il faut donc copier le contenu du CD-ROM sur le disque dur, dans le bon dossier, désactiver les éventuelles installations d’HyperCard et renommer manuellement pas mal de fichiers. Le CD-ROM semble en format ISO 9660 et le logiciel attend un format plus classique et des noms de fichiers avec des caractères spéciaux (•), des majuscules, etc. C’est un peu fastidieux, mais ça ne pose normalement pas de problèmes.

L’installation reloue


L’installation reloue (bis)

Le résultat

Le programme combine l’ordinateur (pour l’affichage des paroles, des informations, etc.), l’audio (via la piste CD) et l’image avec le LaserDisc. Quand on passe sur le LaserDisc, l’audio est évidemment coupé. Sur les ordinateurs de l’époque (début des années 90), la séparation entre audio et ordinateur est assez prononcée : les lecteurs externes renvoient rarement le son dans le Mac. La configuration de l’époque, c’est un Mac avec un écran monochrome, un lecteur de CD externe relié à ses propres enceintes et un lecteur de LaserDisc relié à un téléviseur. Pour des raisons pratiques, j’ai fait des tests avec un Mac (un peu) plus modernes relié à un écran LCD et la sortie du LaserDisc directement dans ma carte d’acquisition. J’ai fait deux vidéos du fonctionnement : une avec deux écrans LCD (le premier, à droite, relié au LaserDisc, le second, à gauche, au Mac) et une en enregistrant et synchronisant les deux captures. Dans la première, j’ai enlevé volontairement le son pour éviter les soucis avec YouTube. Dans la seconde… on va voir. Ça manque un peu de netteté dans la version filmée, désolé. Dans tous les cas, on voit bien que l’interface commande le lecteur de LaserDisc, avec un délai assez long (le V2600 n’est pas franchement le lecteur le plus rapide).

Le lancement


Une image


La musique


Le choix entre CD et LD

La pile HyperCard fournie fournit pas mal de choses, des paroles (en anglais et en allemand), la commande du lecteur de CD, du LaserDisc, et pleins d’informations sur l’opéra de Mozart. C’est plutôt complet et intéressant, et pour un produit multimédia des années 80/90, c’est plutôt impressionnant. D’ailleurs, le CD contient aussi du CD+MIDI (j’avais fait un article sur le sujet), du CD+G (des images qui défilent) et la pile HyperCard contient aussi du MIDI dans certains cas, compatible avec un Roland MT-32 (j’essayerais peut-être un jour).

La stack HyperCard fonctionne aussi en MIDI

Dans les deux articles qui suivront, je parlerais du Visual Almanac d’Apple ainsi que du contrôle depuis un Mac moderne (enfin, j’espère, je n’ai pas encore essayé).