Test d’une Creative Sound Blaster Audigy Fx Pro dans un Mac, en Thunderbolt

Le monde des cartes son, c’est quand même assez particulier. En quelques dizaines d’années, on est passé de cartes qui reposaient sur de la synthèse et des puces dédiées à une intégration directe dans les cartes mères, avec des composants assez standardisés, puis à l’USB dans pas mal de cas. Une marque a tout de même réussi à garder son aura avec les années, Creative, avec les célèbres Sound Blaster. Et la dernière carte interne en date, la Sound Blaster Audigy Fx Pro, m’a intriguée. De par son fonctionnement interne atypique, elle fonctionne sur Mac.

Il faut d’abord parler de l’intérêt des cartes son. Dans un PC de bureau moderne, les fabricants utilisent habituellement des puces HD Audio de chez Realtek. Il y a plusieurs versions, en fonction des possibilités, et le résultat va dépendre autant du choix de la puce que de la façon de l’intégrer. En réalité, c’est même cette intégration qui a le plus d’impact. Dans l’idéal, les circuits doivent être séparés sur le circuit imprimé, optimisés pour éviter les perturbations, etc. Vous n’aurez pas le même résultat sur une carte mère basique à 50 € et sur un autre modèle à 200 ou même 500 €, parce que le soin apporté à l’intégration n’est pas le même pour des raisons de coûts. Dans la pratique, la norme HD Audio n’est pas la seule employée et il y a d’autres puces de Realtek. Dans certains cartes mères, on utilise de l’USB en interne et pas mal d’utilisateurs (plus sur les PC portables) passent même tout simplement parce ce qu’on appelle un DAC actuellement mais qui est tout simplement une carte son externe en USB. Igor’s Lab avait fait un bon sujet sur ça et j’ai eu l’occasion de le faire aussi un peu avant dans Canard PC Hardware. Au passage, pas besoin de tomber dans l’audiophilie idiophilie : dans la majorité des cas, la puce intégrée sur une carte mère suffit amplement et n’a pas de gros défauts, sauf si vous allez vraiment en entrée de gamme (ou si vous n’avez pas de chance).

La Sound Blaster Audigy Fx Pro

J’arrive au sujet, la carte son de Creative. Dans les années nonante et 2000, Creative intégrait ses propres puces ou des composants dédiés, avec de l’accélération matérielle et une conception nettement plus propre que les cartes mères. Avec l’avènement du HD Audio, l’abandon de l’accélération dans Windows Vista et l’amélioration assez globale des cartes mères, la marque a choisi de se tourner vers le haut de gamme avec des fonctions plus spécifiques mais a aussi proposé des cartes qui sont fonctionnellement identiques à ce qu’il y a sur une carte mère. Les Audigy FX (v1 et v2) contiennent une puce Realtek en HD Audio, comme les cartes mères. Ce qui change, c’est l’intégration. La récente Sound Blaster Audigy Fx Pro, elle, a une puce Realtek interfacée en USB, ce qui la rend de facto compatible avec les Mac et pas mal de systèmes. Sur le papier, les Sound Blaster Audigy Fx doivent fonctionner sous macOS, mais a priori avec des pilotes issus des hackintosh, parce que macOS attend des puces précises en HD Audio. La Sound Blaster Audigy Fx Pro, elle, fonctionne nativement.

La carte

Parlons pratique : c’est une carte PCI-Express 1x et vous aurez donc besoin d’un Mac Pro ou d’un boîtier Thunderbolt. J’ai utilisé un Helios 5S de chez OWC que j’avais en test, mais n’importe quel boîtier fait l’affaire. On peut même bidouiller un boîtier pour SSD M.2 en cas de besoin. Au niveau du système d’exploitation, ça doit fonctionner dans pas mal de cas, tant que les contrôleurs USB 3.0 Asmedia sont pris en charge, donc vers macOS High Sierra en gros.

Un contrôleur USB Asmedia

La structure de la carte est en effet un peu particulière. En interne, elle est basée sur une puce Realtek ALC4082. C’est un composant assez haut de gamme pour Realtek, qu’on trouve de temps en temps sur les cartes mères (très) onéreuse. Creative aurait pu choisir de relier la puce au système avec un header USB 2.0 ou USB 3.0, mais la solution est plus simple : il y a un contrôleur USB 3.0 sur la carte. C’est l’équivalent d’une carte USB 3.0 basique avec une puce ASM3042. C’est un contrôleur basique limité à 5 Gb/s mais de toute façon il n’y a pas de prises USB accessibles et la puce Realtek est connectée en USB 2.0 en interne. En pratique, sous macOS, la carte est reconnue directement comme une carte son USB reliée en interne à son propre contrôleur. Simple, basique.

Une puce Realtek

Mais ça donne quoi ?

Sur le papier, la carte est meilleure que le même composant intégré sur une carte mère. On a une carte son avec son propre circuit imprimé, des composants de qualité, une alimentation dédiée qui récupère l’énergie sur le connecteur PCI-Express, etc. C’est bien conçu et largement mieux qu’avec une carte mère classique. On peut tout de même noter que la carte n’est pas blindée, et que la connexion vers les prises en façade du boîtier peut amener des soucis. C’est un problème généralisé : quand on fait passer un câble peu blindé dans un boîtier rempli de sources de perturbations (cartes graphiques, CPU, etc.) et vers des prises pas forcément de bonne qualité, le résultat est mauvais. Je ne suis pas équipé pour tester correctement une carte son, mais le test d’Igor’s Lab montre bien que la carte est de bonne qualité, mais reste en-dessous d’une (excellente) intégration dans une carte mère haut de gamme avec les mêmes composants (la carte mère vaut 700 €). C’est un peu le paradoxe ici : la carte son intègre l’équivalent de ce qu’on peut avoir sur une carte mère, donc forcément elle ne creuse pas forcément l’écart. Et même si c’est probablement mieux que sur une carte mère d’entrée de gamme, la différence n’est pas forcément flagrante dans les faits : la partie audio des cartes mères modernes reste assez correcte.

En Thunderbolt


Un contrôleur USB


Une carte son USB sur son bus

Dans les faits, on a des sorties (jusqu’à huit canaux) qui peuvent travailler avec une fréquence d’échantillonnage de 384 kHz avec une quantification sur 32 bits. L’entrée ligne fait aussi entrée microphone et monte en stéréo à 192 kHz et 32 bits. Attention, la sortie à l’arrière est une prise trois points classiques, donc sans prise en charge du microphone ou de la télécommande d’un casque.

384 kHz

La carte a une sortie S/PDIF optique en mini jack, qui peut monter à 192 kHz (ce qui n’est pas courant) mais le volume n’est malheureusement pas contrôlable. Elle est compatible avec l’audio numérique codé, donc si vous avez encore des DVD ou des vidéos avec une piste audio en AC3, il est possible de transférer l’audio codé directement à un décodeur, ce qui n’est vraiment pas généralisé sous macOS.

192 kHz en numérique


L’audio codé fonctionne

Je n’ai pas testé les prises en façade, parce que mon boîtier Thunderbolt n’en a évidemment pas.

Dans le boîtier

Je ne vais pas dire que c’est un achat intéressant pour un Mac, évidemment : ça demande du matériel dédié (ou un Mac Pro). Ce qui m’intéressait au départ, c’est les choix atypiques de Creative : c’est techniquement une carte son USB intégrée sur une carte USB 3.0 PCI-Express, avec une conception soignée. Par ailleurs, Apple soigne aussi la qualité la partie audio des Mac, donc pour écouter de la musique en stéréo, ce n’est pas meilleur que la sortie d’un Mac mini (dans mon cas), sauf si vous pensez que sortir en 384 kHz change réellement quelque chose. On gagne tout de même la possibilité de faire du 5.1 ou 7.1 en analogique, une entrée de bonne qualité et une sortie S/PDIF qui n’existe plus depuis un moment sur les Mac. Dans un PC, pour 70 €, ça peut être intéressant si vous avez une carte mère d’entrée de gamme ou des problèmes avec la partie audio intégrée, même si la carte ne règle pas les problèmes des prises en façade. Enfin, on perd évidemment les pilotes de Creative et la possibilité de mettre à jour le firmware avec un Mac, mais ça ne change pas fondamentalement la vie.