Une VHS avec une bande son différente sur la partie linéaire

Quand j’ai parlé des VHS avec deux langues, je m’étais demandé s’il existait des cassettes VHS du commerce avec une piste linéaire différente de la piste Hi-Fi. Et après un peu de recherches, j’en ai trouvé. Je m’explique.

Il faut (re)parler de l’audio des VHS. Quand la VHS a été inventée (il y a une cinquantaine d’années), il n’y avait que de l’audio en linéaire. L’idée de base est simple : c’est à peu près la même technique que pour une cassette audio sur la bande (je schématise). La qualité est franchement moyenne : un rapport signal sur bruit de 42 dB (en NTSC) et une réponse en fréquence qui va de 100 Hz à 10 kHz en NTSC. En dehors de ces capacités médiocres, la piste linéaire est très dépendante de la vitesse de défilement : les enregistrements en LP sont donc moins bons… tout comme les enregistrements en PAL. Dans nos contrées, la bande défile moins vite et donc on passe à 41 dB et 80 Hz – 8 kHz. Cette piste linéaire est en mono (le stéréo est possible, mais rare).

Une cassette bilingue avec une piste linéaire différente de la Hi-Fi

La poste Hi-Fi est apparue vers le milieu des années 80, et elle a un rapport signal sur bruit de 70 dB une réponse en fréquence qui va de 20 à 20 kHz. C’est de l’analogique, mais avec une excellente qualité, donc. Pour des raisons pratiques, la piste Hi-Fi est placée dans une zone qui ne contenait pas d’informations et les cassettes VHS avec une piste Hi-Fi contiennent donc aussi une piste linéaire, pour la rétrocompatibilité. J’en arrive au sujet : si la majorité des cassettes contient la même chose sur les deux pistes (linéaire et Hi-Fi), ce n’est pas une obligation.

Plusieurs langues ?

Avec un magnétoscope un peu évolué, on peut (ré)enregistrer la piste audio linéaire. Je me suis demandé si des éditeurs en avaient profité pour proposer des commentaires de réalisateur ou une version originale sur des films, et j’ai finalement trouvé une exemple. C’est une cassette VHS japonaises sur les oeuvres de Maurice Sendak, qui reprend la même technique que celle de Winnie l’ourson, avec une petite différence. La piste Hi-Fi est employée pour proposer un doublage japonais : sur un canal on a le doublage japonais, sur l’autre la version originale en anglais. C’est une solution un peu bâtarde, certes, mais efficace. À l’époque, les téléviseurs ne sont pas nécessairement stéréo, donc au pire il suffit de débrancher une des deux prises RCA. Les magnétoscopes proposaient aussi souvent la possibilité de changer de canal, en trichant un peu : on pouvait dupliquer le canal de gauche (ou de droite) sur les deux canaux pour se retrouver avec du pseudo mono.

La pochette indique bien que c’est bilingue


Le texte en bas préviens que le choix de l’anglais ne fonctionne qu’avec un magnétoscope Hi-Fi

La cassette que j’ai trouvé l’indique explicitement sur la boîte : si vous n’avez pas un magnétoscope Hi-Fi, vous n’aurez que le japonais. On a donc en réalité une piste linéaire mono avec le doublage japonais et une piste Hi-Fi avec des informations différentes. Sur le canal de gauche, on a le japonais, sur le canal de droite l’anglais. C’est inhabituel : sur Winnie l’ourson, par exemple, j’ai la même chose sur la piste Hi-Fi et la piste linéaire et donc un magnétoscope Hi-Fi est obligatoire.

Where the Wild Things Are

La première partie de la cassette est la même, avec une chanson en anglais. La version linéaire est évidemment moins bonne. C’est une adaptation de The Nutshell Library de Maurice Sendak. La seconde partie, Where the Wild Things Are (Max et les Maximonstres) est différente. Sur la version Hi-Fi, de meilleure qualité, on a du japonais à gauche et de l’anglais à droite, comme sur la cassette de Winnie l’ourson. Mais sur la piste linéaire, il y a uniquement le japonais. C’est un choix intéressant car il évite de se retrouver avec une cassette inutilisable si on n’a pas un magnétoscope Hi-Fi. C’est le cas sur la cassette de Winnie l’ourson : la piste linéaire contient l’anglais et le japonais en même temps, en mono.

In the Night Kitchen

La troisième partie est In the Night Kitchen (Cuisine de nuit), avec la même astuce. Une double piste mono en Hi-Fi (japonais et anglais), uniquement le japonais en linéaire.

Il y a ensuite un documentaire sur Maurice Sendak, qui est en anglais avec des sous-titres en japonais dans l’image. Sur cette partie, la différence de qualité entre la piste Hi-Fi et la piste linéaire est vraiment flagrante. Enfin, une présentation des oeuvres de l’auteur avec la même séparation.

Maurice Sendak

Ce que j’ai pu constater, mais ça vient probablement de mon magnétoscope, c’est que la séparation n’est vraiment pas parfaite quand j’enregistre en stéréo, il y a du crosstalk. Je ne sais pas si c’est la sortie du magnétoscope ou la compression, mais même en forçant la balance d’un côté, on entend un peu l’autre canal. En utilisant la fonction du magnétoscope qui permet de ne sortir qu’un seul canal, la séparation est bien meilleure. Dans la vidéo, il y a la piste linéaire en japonais, puis la piste Hi-Fi en japonais, la piste Hi-Fi en anglais, la piste Hi-Fi en stéréo et enfin deux versions du documentaire (linéaire et Hi-Fi).

Hi-Fi stéréo


Hi-Fi gauche


Hi-Fi droite


Linéaire


Hi-Fi et linéaire

La piste CC

Dernier point, la cassette a des sous-titres CC (closed caption) en anglais. C’est une technologie analogique vue sur les LaserDisc, les DVD et mêmes les Blu-ray. Les données sont enregistrées dans les lignes invisibles à l’écran (la ligne 21 en NTSC, la ligne 22 en PAL) et récupérer ou afficher les sous-titres n’est pas une évidence.

Dans mon cas, j’ai utilisé EyeTV 3 sur un vieux Mac, avec une carte d’acquisition capable de récupérer les données en question (ma Game Capture HD Elgato ne le fait pas). Je ne sais pas exactement comment EyeTV fait, mais les sous-titres sont bien présents dans les enregistrements, mais absents quand je récupère les données avec HandBrake. Mais si j’exporte en H.264 avec EyeTV, les sous-titres CC sont bien dans le fichier et on peut les extraire avec ccextractor.

EyeTV, lors de l’export, encode les sous-titres dans le fichier